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Déclaration de politique générale
Questions et ramifications
fiscales du commerce électronique
Commission
des questions fiscales conjointement avec le Comité consultatif économique
et industriel auprès de l'OCDE (BIAC), 15 décembre 1999
Version
anglaise
Introduction
Le Comité consultatif économique et industriel (BIAC) et la Chambre
de commerce internationale (ICC) se sont associés pour étudier
les questions soulevées par le commerce électronique, qui modifie
radicalement les pratiques et les procédures des entreprises. Dans ce
document rédigé en commun, nous recensons les problèmes
fiscaux potentiels qui pourraient surgir à mesure que de plus en plus
d'affaires seront traitées par des moyens électroniques et non
plus par des méthodes traditionnelles.
Le commerce électronique
pose des questions d'administration et d'acquittement des impôts. Une
compréhension technique d'Internet est nécessaire pour appréhender
pleinement les aspects fiscaux du commerce électronique, comme le soulignait
le texte de l'OCDE rédigé pour discussion à sa conférence
de Turku en 1997, "Electronic Commerce: the Challenges to Tax Authorities
and Tax Payers".
Le sujet doit en outre être
traité dans une perspective internationale, car le commerce électronique
transcende potentiellement les frontières nationales
, bien plus que ne
le font les formes traditionnelles du commerce. Aucun pays, de ce fait, ne devrait
modifier son régime existant en matière de commerce électronique,
ou en créer un nouveau, sans prendre attentivement en considération
l'impact de son initiative sur ses partenaires commerciaux. Afin d'éviter
les risques de double imposition, un consensus internationalement accepté
doit être développé quant à l'imposition du commerce
électronique. Nous pensons que l'OCDE est l'organisme le mieux à
même de parrainer le dialogue international nécessaire et sa coordination
de cet effort contribuera à atteindre deux objectifs, qui sont d'éviter
la double imposition internationale et de créer un climat de plus grande
certitude.
Nous pensons aussi que l'apport
de la communauté économique est essentiel pour aider les gouvernements
qui tentent de résoudre les problèmes soulevés par ce nouveau
moyen de communication. L'étude actuellement menée par l'OCDE
sur le sujet constitue une précieuse contribution dans ce domaine. La
présente déclaration fait donc principalement référence
au travail de l'OCDE (dont le BIAC est l'interlocuteur naturel), mais notre
analyse s'applique également aux pays extérieurs à l'OCDE,
d'où proviennent de nombreux membres d'ICC.
Le développement
du commerce électronique est une extension des modèles commerciaux
existants destinée à tirer parti des avancées technologiques
qui entraîne des changements dans la manière d'effectuer les transactions
internationales. La politique fiscale et les concepts fiscaux traditionnels
se sont, au fil des années, adaptés à divers changements
de circonstances. Le BIAC et ICC ("les BIAC/ICC") ne voient aucune
raison pour que cette évolution ne se poursuive pas. Nous considérons,
de ce fait, qu'un nouveau régime fiscal pour le commerce électronique
serait prématuré.
Le principe de base de notre
approche est que les techniques utilisées pour appliquer au commerce
électronique les principes fiscaux existants doivent se fonder sur les
outils que les entreprises utilisent déjà pour répondre
aux besoins du marché - car ce n'est que de cette manière que
l'acquittement des impôts peut être encouragé et soutenu
avec les charges les moins lourdes et les distorsions économiques les
plus faibles.
Notre second principe est
que la simplicité et la clarté des régimes fiscaux nationaux
doivent être encouragées afin de permettre à ce nouveau
moyen de communication de réaliser pleinement son potentiel commercial
mondial. Les règlements fiscaux doivent partout être compréhensibles
et orientés vers l'usager, afin de permettre la croissance potentielle
des ventes à l'étranger des petites entreprises. Des règles
difficiles à comprendre et à administrer ne peuvent ni inciter
à l'acquittement des impôts ni faciliter la croissance du commerce
électronique.
Questions et problèmes importants
On trouvera ci-dessous la
liste des questions les plus importantes :
Commentaires
généraux :
- Appel aux principes
existants - utilisation des règles fiscales internationalement acceptées
- Bases d'imposition -
imposition globale des résidents contre imposition à la source
des non-résidents
- Rôle des traités
fiscaux - imposition illimitées dans le pays de résidence contre
imposition limitée pour les non-résidents
Etablissement
permanent - établir un lien imposable pour les contribuables étrangers
dans les pays signataires de traités
Caractérisation
du revenu - traitement fiscal des transactions utilisant un moyen électronique
pour transférer des informations numérisées
Revenus
de services - règles de la source applicables aux revenus de services
Résidence
- critères de détermination de la résidence d'une entreprise
Prix
de transfert - règles d'imputation des revenus pour les transactions
effectuées électroniquement, telles que les opérations
financières mondiales
Questions
d'administration et d'acquittement - mesures nécessaires pour préserver
le caractère vérifiable des déclarations fiscales sans
imposer aux contribuables de lourdes exigences de fourniture d'informations
Imposition
indirecte - application du principe selon lequel les transactions effectuées
électroniquement seront imposées (p.ex. au moyen de la TVA) dans
le pays de consommation
Résumé
Ces questions sont actuellement
étudiées par cinq groupes consultatifs techniques (GCT) qui rendent
compte aux groupes de travail de l'OCDE et qui sont composés de représentants
de la communauté économique et de délégués
des autorités fiscales des pays de l'OCDE (et de pays tiers). L'objectif
de ces groupes est d'examiner en détail des sujets spécifiques
et de proposer, dans la mesure du possible, des solutions aux problèmes
auxquels se heurtent les autorités.
Commentaires généraux
Appel aux principes existants
Les BIAC/ICC soutiennent fermement le principe de la neutralité (selon
lequel le système fiscal doit traiter de manière similaire des
revenus économiquement similaires, qu'ils soient obtenus par des moyens
électroniques ou non électroniques). Nous pensons que la meilleure
manière d'obtenir cette neutralité est d'adapter autant que possible
les pr
incipes et les règlements fiscaux existants, plutôt que d'introduire
un nouveau régime fiscal. Nous comprenons cependant que des modifications
mineures de la législation fiscale existante pourraient être nécessaires
pour atteindre cet objectif de neutralité. Les BIAC/ICC sont préoccupés
par la possible adoption de nouveaux impôts spécifiques à
Internet. Nous appelons fermement à décourager de telles initiatives.
Bases d'imposition
Les pays membres de l'OCDE, ainsi qu'un nombre significatif de pays tiers, ont
des systèmes binaires d'impôt sur le revenu. En général,
les résidents sont soumis à l'impôt sur une base globale
tandis que les non-résidents sont imposés sur la base de la source.
Bien que les détails des règles relatives à la source varient
dans une certaine mesure d'une juridiction à l'autre, la tendance est
généralement la même dans tous ces pays. Il s'agit d'un
régime fiscal international existant de longue date et reconnu par les
contribuables internationaux.
Les BIAC/ICC ne partagent
pas l'opinion de certains commentateurs qui est que la politique fiscale, dans
le domaine du commerce électronique, devrait viser à l'abandon
de l'impôt sur le revenu basé sur la source, au profit d'une importance
accrue de l'imposition sur la base de la résidence. Nous admettons que
certains aspects de l'utilisation de moyens électroniques pour effectuer
des transactions commerciales peuvent progressivement conduire vers une imposition
sur la base de la résidence, mais nous recommandons de ne pas adopter
cette approche prématurément.
Le régime fiscal
international pratiqué par les pays membres de l'OCDE pour l'imposition
des personnes étrangères, bien qu'il ne soit pas parfait, s'est
continuellement adapté aux changements de circonstances. C'est un processus
permanent dont nous pensons qu'il s'accomplit avec un minimum de difficultés
dans la plupart des pays. L'éclosion et la croissance du commerce électronique
ne sont, à notre avis, qu'un nouveau changement circonstanciel.
Les entreprises utilisent
les nouvelles technologies pour étendre et améliorer les modèles
commerciaux existants et toucher de nouveaux marchés et clients. L'utilisation
d'Internet permettra aux non-résidents d'effectuer certains types de
transactions (p. ex. la vente de biens et de services) depuis l'étranger,
sans la présence physique dans le pays concerné qui était
auparavant nécessaire. De ce fait, le pays hôte peut perdre les
recettes fiscales de l'impôt sur le revenu qui visait ces transactions,
au bénéfice de la seule compétence fiscale du pays de résidence.
Cette tendance peut donner l'impression que l'imposition sur la base de la résidence
se fait prédominante, mais il s'agit là d'une évolution
naturelle qui n'exige pas de changements de la politique fiscale.
Accélérer
le mouvement vers une imposition des revenus sur la base de la résidence
par une révision de la législation rencontrerait vraisemblablement
des oppositions dans de nombreux pays, et en particulier dans ceux en voie d'industrialisation.
Ces derniers tendent à préférer de
s règles qui protègent
mieux l'assiette de l'impôt, ce qui se traduit par une forte prépondérance
de l'imposition sur la base de la source. Cette situation souligne la nécessité
de développer un consensus international sur la question.
Nous pensons que les règles
fiscales existant dans les pays membres de l'OCDE et dans un grand nombre d'autres
pays établissent un équilibre raisonnable entre l'imposition sur
la base de la résidence et l'imposition sur la base de la source et nous
plaidons pour leur maintien. Nous souhaiterions en outre souligner à
quel point il est important de parvenir à une solution internationalement
acceptée qui élimine les cas de double imposition.
Rôle des traités
fiscaux
En général, les traités fiscaux ont pour effet, en ce qui
concerne les contribuables imposés sur la base de la source, de restreindre
le champ de l'imposition dans le pays source. Ces traités devraient continuer
de servir à éliminer la double imposition en réduisant
le fardeau de l'impôt sur le revenu pour les contribuables non-résidents
dans le pays hôte. C'est une considération cruciale pour la levée
des obstacles fiscaux au commerce international (aussi bien sous sa forme traditionnelle
que par des moyens électroniques). Nous pensons que le réseau
de traités fiscaux existant est capable de s'adapter aux changements
des pratiques du commerce international, même si des modifications mineures
des définitions de ces traités peuvent être nécessaires
pour préciser leur application au commerce électronique.
Établissement permanent
L'établissement permanent, aux fins de l'impôt sur le revenu, est
un principe inscrit dans les traités afin de fixer un seuil pour le lien
imposable dans un pays. Conformément à cette norme, le seul fait
d'avoir une activité commerciale dans le pays hôte ne constitue
pas nécessairement une présence imposable. L'activité en
question doit être exercée par un établissement permanent
dont le contribuable étranger dispose dans le pays hôte, ou par
l'intermédiaire de cet établissement. La caractéristique
qui définit le mieux l'établissement permanent est une présence
substantielle, avec un certain degré de permanence, physiquement située
dans le pays hôte, afin d'y exercer activement des fonctions économiques
(p. ex. un bureau, une succursale, une usine, etc.). Certains types de contrats
d'agence commerciale peuvent aussi être considérés comme
créant un établissement permanent du mandant étranger.
Le commerce électronique
permet aux entreprises étrangères d'effectuer depuis l'étranger
des transactions commerciales avec des clients du pays hôte (sans créer
dans ce dernier d'établissement permanent au sens traditionnel). Cette
situation conduit à réexaminer le concept d'établissement
permanent. Par exemple, une transaction pour la vente de marchandises par un
fournisseur étranger peut être réalisée sur Internet
(y compris l'offre, l'acceptation, la définition des conditions de vente
et le paiement). Ces transactions peuvent s'e
ffectuer sans intervention d'un
employé ou d'un agent dans le pays hôte. Le serveur (c'est-à-dire
l'ordinateur enregistrant les données dont le client a besoin pour conclure
la transaction) utilisé par le fournisseur étranger pour traiter
ce type d'affaires peut être localisé n'importe où. De telles
transactions exigeaient auparavant que l'entreprise étrangère
établisse un bureau dans le pays hôte si elle souhaitait exploiter
substantiellement le marché. Cette démarche n'est plus nécessaire,
ce qui réduit le nombre des établissements permanents.
Nous reconnaissons que l'accroissement
des possibilités d'exercer des activités commerciales internationales
depuis le pays de résidence n'est pas un phénomène nouveau,
mais la poursuite d'une tendance constante. Des innovations technologiques sophistiquées
font qu'il est désormais beaucoup plus facile d'effectuer des transactions
à distance. L'apparition du commerce électronique n'a fait qu'accélérer
cette tendance. Par ailleurs, le fait qu'une entreprise puisse ou non exploiter
au mieux le marché d'un autre pays via Internet, sans établir
de présence commerciale locale permanente, dépend des circonstances.
De nombreuses entreprises continueront à notre avis d'utiliser une présence
physique dans le pays hôte, afin de maximiser la pénétration
du marché et d'assurer localement des services et un soutien aux clients,
ce qui ne serait pas possible en se reposant uniquement sur des moyens électroniques.
Les BIAC/ICC ne voient aucune
nécessité pressante justifiant l'adoption massive de nouvelles
règles relatives aux établissements permanents aux fins du commerce
électronique. Il est possible que certains contribuables étrangers
soient en mesure, en vertu des règles actuelles, d'opérer à
distance en évitant l'imposition dans le pays hôte. Ils seront
cependant imposés sur le revenu de cette activité dans leur pays
de résidence, à des taux comparables à ceux du pays hôte.
Caractérisation du revenu
De nombreuses catégories d'informations peuvent être numérisées
et transférées électroniquement, y compris les programmes
informatiques, livres, musique et autres images (p. ex. films, enregistrements
vidéo, etc.). L'acheteur de telles informations peut ne pas être
autorisé à les utiliser sans restriction, ou peut avoir le droit
de faire un nombre limité de reproductions (pour distribution interne
à ses affiliés) ou encore être autorisé à
reproduire les informations pour les revendre sur un marché de grande
consommation. De telles transactions existent depuis de nombreuses années
sous des formes plus traditionnelles et continueront d'être effectuées
sous forme électronique et non électronique. Si des changements
des règles relatives à l'impôt sur le revenu s'avéraient
en fin de compte nécessaires, toute modification impliquant ces transferts
de données devrait s'appliquer aux transactions non électroniques
aussi bien qu'à leurs équivalents électroniques, afin de
garantir la neutralité du traitement.
Les circonstances ont toujours
joué un rôle majeur dans la détermination des conséquences
fiscales des activités commerciales. Bien que la technologie facilite
la reproduction et la diffusion des informations numérisées, nous
ne pensons pas que de nouvelles règles régissant la classification
des revenus soient nécessaires. La capacité de traiter électroniquement
des transferts de données n'est qu'un changement de circonstances auquel
les règles existantes en matière d'impôt sur le revenu peuvent
s'adapter.
L'exemple suivant illustre
bien cette "approche circonstancielle". Un client souhaite acheter
dix exemplaires d'un livre en en recevant un exemplaire sous forme électronique,
avec l'autorisation de reproduire les neufs autres. La déclaration explique
que la transaction pourrait générer des revenus de redevances
parce que le droit de l'acheteur de reproduire les neuf exemplaires est en général
un droit réservé aux détenteurs de droits de reproduction
ou de licences. Le contenu de la transaction indique cependant clairement qu'elle
constitue une vente de dix livres et elle devrait donc être traitée
comme telle aux fins de l'impôt sur le revenu. Nous ne voyons pas la nécessité
de formuler de nouvelles règles de classification des revenus pour éviter
les abus dans ce domaine.
Les logiciels peuvent facilement
être transmis électroniquement, et ils peuvent exiger une attention
particulière en raison des complications qui existent actuellement et
qui peuvent conduire à une double imposition. Certains pays peuvent ressentir
la nécessité d'élaborer des règles internes relatives
à la caractérisation des transactions portant sur des logiciels
aux fins de l'impôt sur le revenu. Les BIAC/ICC considèrent que
ces règles devraient être établies en utilisant une approche
circonstancielle afin de déterminer la substance économique de
telles transactions et d'établir la distinction entre celles qui constituent
une licence et celles qui constituent un transfert de propriété.
Il est essentiel que les pays tentent d'adopter des principes uniformes dans
le domaine des logiciels, afin de parvenir à une caractérisation
des revenus internationalement harmonisée. Les responsables de la politique
fiscale internationale devraient encourager une telle harmonisation, car les
différences, dans ce domaine, impliqueront une double imposition. Il
serait très important que l'OCDE, qui a lancé ce débat,
donne l'exemple sur ce point.
L'harmonisation de la caractérisation
des transactions internationales portant sur les logiciels est aussi extrêmement
importante pour la bonne application des traités bilatéraux relatifs
à l'impôt sur le revenu. Quand une transaction constitue une vente,
l'imposition dans le pays source dépend de l'existence d'un établissement
permanent dans ce pays. Sans établissement permanent, il n'y a pas d'imposition
dans le pays source. À l'inverse, l'existence d'un établissement
permanent déterminera l'imposition dans le pays source. Conformément
aux règles fiscales internationales traditionnelles, le dégrèvement
de la double imposition sera possible dans le pays de résidence. Dans
l'un et l'autre cas, le dégrèvement de la doub
le imposition est
en général possible.
Si le pays source considère
qu'il s'agit d'une redevance, un prélèvement à la source
sera effectué sur les produits bruts, au taux spécifié
dans le traité applicable. Un dégrèvement de la double
imposition est aussi généralement accordé dans ces circonstances.
Ces situations sont assez simples. Des complications surviennent quand le pays
source caractérise le revenu comme une redevance et le soumet à
l'impôt sur les non-résidents tandis que le pays de résidence
caractérise la même transaction comme une vente, ou vice versa.
Les BIAC/ICC suggèrent que la question des logiciels soit pleinement
et adéquatement étudiée lors du processus d'examen de l'application
des règles fiscales existantes au commerce électronique.
Outre la confusion possible
entre des revenus de ventes et de redevances, l'information numérisée
peut présenter des difficultés lorsqu'il s'agit de définir
des revenus de services et de les distinguer des revenus de ventes et/ou de
redevances. Ici encore, nous recommandons que tout problème surgissant
dans ce contexte soit résolu par l'application d'une approche circonstancielle.
Une analyse attentive des circonstances des transactions impliquant des flux
d'informations numérisées dans un environnement de services devrait
permettre de déterminer le traitement approprié en matière
d'impôt sur le revenu, sans qu'il soit nécessaire de prescrire
de nouvelles règles.
Source des revenus de services
En général, dans les pays membres de l'OCDE, la source des revenus
de services est le lieu géographique où les services sont matériellement
exécutés. En vertu des règles fiscales internationales
existantes, les revenus de services ne sont soumis à l'impôt sur
le revenu dans le pays hôte que si les services sont matériellement
exécutés dans ce pays par l'intermédiaire d'un établissement
permanent (p. ex. par des employés qui travaillent dans le pays) ou d'une
base fixe (p. ex. par d'autres représentants du prestataire de services
étranger dans le pays). Quand les services peuvent être exécutés
à partir du pays de résidence, le prestataire de services étranger
ne sera généralement pas imposé dans le pays hôte,
que ce soit sur la base du revenu net imputable à un établissement
permanent ou d'un prélèvement/revenu brut.
Avec l'utilisation croissante
de la technologie, le rapport entre la localisation du prestataire de services
et la localisation du consommateur a perdu de sa signification. Même avant
l'arrivée d'Internet, des services étaient fournis depuis l'extérieur
du pays du consommateur. Mais même si la tendance à assurer de
plus en plus de services depuis des lieux éloignés se poursuit,
il restera nécessaire de rendre certains types de services dans le pays
hôte.
L'utilisation d'Internet
ne représente qu'un changement des circonstances de fonctionnement des
entreprises de services. L'imposition du revenu sur la base de la résidence
prend
ra de plus en plus d'importance dans ce type de circonstances, mais cela
se produira sous l'influence de changements de l'environnement et ne devrait
pas être imposé par une révision de la législation.
La question essentielle
n'est pas de savoir si la règle de la source qui prédomine dans
les pays de l'OCDE est une norme appropriée, mais de savoir si une harmonisation
(ou cohérence) internationale peut être réalisée,
de manière à éviter les risques de double imposition. Comme
nous l'avons noté, la plupart des pays de l'OCDE utilisent le critère
du lieu d'exécution comme base de la détermination de la source
des revenus de services. Les pays en voie de développement, par contre,
utilisent parfois le critère du lieu d'utilisation, ce qui est en contradiction
avec le critère du lieu d'exécution. En application du critère
du lieu d'utilisation, un prestataire de services étranger qui rend des
services depuis son pays de résidence à un consommateur dans un
pays en voie de développement sera fréquemment imposé dans
le pays hôte sur la base d'un prélèvement/revenu brut. Aux
fins de l'imposition dans le pays de résidence, le revenu sera vraisemblablement
considéré comme un revenu de source nationale. Ce conflit de traitement
fiscal entraîne une double imposition sans possibilité de dégrèvement,
ce qui représente un coût supplémentaire pour les entreprises
qui commercent avec des pays en voie de développement.
Les BIAC/ICC ne recommandent
pas de remplacer les règles de la source applicables par le critère
du lieu d'utilisation. Nous souhaiterions toutefois attirer l'attention des
décideurs politiques sur ce sujet. Les incompatibilités entre
les traitements fiscaux entre les pays créent déjà un risque
de double imposition. Cette situation se trouvera exacerbée à
mesure qu'Internet rendra plus efficace la prestation de services internationaux
depuis le pays de résidence. Nous appelons instamment à ce que
cette question soit mise à l'ordre du jour des organismes responsables
de le politique fiscale internationale, en vue d'un examen plus approfondi.
Le Project Outreach de l'OCDE serait un forum supplémentaire approprié
pour poursuivre la discussion.
Résidence
Les avancées technologiques peuvent mettre en cause la viabilité
du critère des "cerveau et administration" (par opposition
au critère du lieu de constitution en société) afin d'établir
la résidence de l'entreprise. Les critères déterminants
des divers traités fiscaux prévoient aussi des normes de lieu
d'administration afin de déterminer le pays de résidence d'un
contribuable résidant dans deux pays. Les réunions de conseil
d'administration par visioconférence pourraient nuire à l'efficacité
du concept des "cerveau et administration" en atténuant le
poids généralement accordé à la localisation de
ces réunions pour la détermination du lieu d'administration.
La plupart des pays qui
utilisent le critère des "cerveau et administration" pour la
résidence des entreprises accordent naturel
lement plus de poids au lieu
où sont exercées les fonctions clés de l'administration
de l'entreprise qu'au lieu où se réunit le conseil d'administration.
Cette tendance suggère que les téléconférences du
conseil d'administration soient un critère sans signification. L'une
des raisons majeures de ce peu d'importance accordé au lieu de réunion
du conseil d'administration réside dans la possibilité, grâce
à des communications utilisant des technologies de pointe, de tenir ces
réunions n'importe où. C'est là un exemple de la manière
dont les règles fiscales se sont adaptées aux changements de circonstances
de l'environnement commercial, sans que d'importantes révisions législatives
soient nécessaires. Les BIAC/ICC considèrent que les règles
fiscales de la plupart des pays peuvent aisément s'ajuster aux changements
imputables à ces avancées technologiques, avec quelques modifications
mineures.
Prix de transfert : opérations
mondiales
Les opérations mondiales se sont multipliées au cours des dix
dernières années, pour passer d'un niveau pratiquement insignifiant
à un rôle aujourd'hui significatif dans l'économie mondiale.
C'est là le résultat d'une tendance qui conduit des économies
régionales et nationales vers une économie mondiale, couplée
à des capacités de communication renforcées. Les opérations
mondiales ne pourraient pas exister sans une technologie sophistiquée.
Les prix de transfert sont
le premier problème fiscal qui se pose dans ce domaine. Cette question,
cependant, ne devrait pas être examinée dans le cadre d'une analyse
des conséquences fiscales du commerce électronique. La mondialisation
des opérations a fait l'objet d'une déclaration, dans un chapitre
des principes directeurs de l'OCDE applicables en matière de prix de
transfert. Il s'agit, afin de déterminer la répartition appropriée
des recettes et des dépenses des opérations internationales sur
les produits financiers, d'appliquer correctement les règles existantes
en matière de prix de transfert. Cela n'a rien à voir avec le
recours, dans ce domaine, à des technologies plus avancées. Par
conséquent, nous ne pensons pas que le sujet doive être inclus
dans un débat sur l'imposition du commerce électronique.
Questions d'administration et d'acquittement
des impôts
Les BIAC/ICC ne pensent pas qu'Internet sera utilisé pour échapper
à l'imposition. Bien qu'Internet offre différents moyens exploitables
par des personnes malhonnêtes ou cherchant à contrevenir aux lois,
cette possibilité seule ne transformera pas les contribuables honnêtes
en délinquants. L'énorme majorité des contribuables, y
compris dans la communauté des entreprises multinationales, sont honnêtes
et uniquement soucieux d'améliorer leur rentabilité mondiale par
des moyens légitimes.
Les BIAC/ICC approuvent
l'objectif des gouvernements d'utiliser leurs divers pouvoirs pour réduire
les activités délictueuses. Nous
ne sommes cependant pas favorables
aux tentatives visant à introduire une réglementation excessive
et à faire peser sur la communauté économique le fardeau
d'exigences étendues en matière de collecte d'informations et
de déclaration, au-delà de ce qui est déjà en vigueur.
La récente tendance de plusieurs pays est d'exiger une fourniture accrue
d'informations de la part des multinationales et des entreprises ayant des activités
internationales. Ces exigences accrues font déjà peser une charge
significative sur les ressources des entreprises contribuables. Pour cette raison,
nous appelons instamment les gouvernements et l'OCDE à réfléchir
attentivement à l'impact de toutes recommandations qui imposeraient à
la communauté économique des niveaux plus élevés
de fourniture d'informations.
Il est important de rappeler
que toutes les techniques utilisées pour appliquer au commerce électronique
les principes existants en matière d'impôt sur le revenu doivent
être construites autour d'outils que les entreprises utilisent déjà
pour répondre aux besoins du marché. Par exemple, les autorités
fiscales devraient élaborer des politiques et des procédures pour
l'acceptation des enregistrements électroniques que les entreprises développent
pour des raisons commerciales (p. ex. rapidité et précision accrues).
En abordant les questions d'application de cette manière, il est possible
de soutenir un fort taux d'acquittement de l'impôt avec les charges les
moins lourdes et les distorsions économiques les plus faibles.
Impôts de consommation
Les BIAC/ICC estiment que les règles relatives aux impôts de consommation
(y compris les procédures de recouvrement) ne devraient pas s'appliquer
d'une manière qui entrave le commerce électronique. La nature
mondiale du commerce électronique fait de l'élaboration d'un cadre
pour les impôts de consommation une question particulièrement importante,
qui devrait être considérée comme une première priorité
par les responsables de la politique fiscale internationale. (étant entendu
que les progrès sur les questions relatives à l'impôt sur
le revenu ne doivent pas prendre de retard). Par conséquent, nous saisissons
cette occasion pour exprimer nos vues sur cette importante question.
Les autorités fiscales,
et c'est compréhensible, craignent que le commerce électronique
fournisse aux entreprises une possibilité d'échapper à
l'application des impôts de consommation en s'établissant dans
un pays qui n'impose pas de taxes de consommation, incitant ainsi les consommateurs
à préférer les fournisseurs étrangers aux fournisseurs
locaux pour des produits similaires (et encourageant d'autres sociétés
locales de vente électronique à déménager pour des
pays n'ayant que peu ou pas d'impôts de consommation). Nous convenons
que les règles relatives à l'impôt de consommation devraient
être neutres par rapport au commerce et ne pas établir de discrimination
entre fournisseurs étrangers et nationaux.
La réduction de la
double imposition est égalem
ent importante du point de vue d'un cadre
pour les impôts de consommation sur le commerce électronique. Afin
de réduire les cas de double imposition, il serait bon de porter attention
à l'application harmonisée d'impôts de consommation tels
que la TVA, en particulier dans les règles relatives au lieu de fourniture.
L'élaboration d'un mécanisme destiné à traiter le
dégrèvement de la double imposition de la consommation devrait
aussi être considérée.
Il est important de concevoir
des règles qui soient facilement comprises et administrées par
les entreprises étrangères et nationales. Le non-acquittement
de l'impôt, en particulier par les entreprises étrangères,
augmente de manière significative lorsque les règles deviennent
déraisonnablement compliquées et lourdes à gérer.
Conformément à l'esprit du commerce électronique, les gouvernements
devraient utiliser les avancées technologiques pour réduire les
coûts d'acquittement des impôts de consommation. L'apport de la
communauté économique pourrait être d'une aide considérable
dans ce domaine.
Les BIAC/ICC considèrent
que les règles relatives aux impôts de consommation, telles que
les règles en matière de TVA, ne devraient pas être appliquées
d'une manière qui entrave le commerce électronique. Les transactions
commerciales électroniques ne devraient pas être traitées
de manière moins favorable que les formes de commerce non électroniques
et les régimes d'acquittement complexes exigeant des prestataires de
services qu'ils agissent en tant qu'agents de recouvrement devraient être
évités. Pour assurer la cohérence avec le commerce non
électronique, la responsabilité de l'acquittement devrait continuer
d'incomber au vendeur/fournisseur ou à un tiers de confiance jusqu'à
ce qu'un régime internationalement satisfaisant soit établi.
Il est important que les
autorités fiscales travaillent avec les entreprises avant d'élaborer
des règles en matière d'impôts de consommation applicables
au commerce électronique. Nous pensons que l'OCDE est dans une position
privilégiée pour encourager le débat sur cette importante
question. À mesure que de plus en plus d'activités commerciales
seront conduites en utilisant ces nouvelles technologies, l'importance d'un
consensus international sur l'acquittement et les possibilités de mise
en recouvrement des impôts de consommation se fera de plus en plus sentir.
Résumé
Les BIAC/ICC soutiennent fermement la poursuite de l'application des systèmes
fiscaux actuels des pays membres de l'OCDE pour le traitement des questions
que soulève le commerce électronique. C'est là le moyen
le plus sûr d'éviter les distorsions du commerce et d'assurer la
neutralité du traitement fiscal. Nous récusons la nécessité
de nouveaux régimes d'imposition sur le revenu et/ou la consommation
applicables aux transactions effectuées électroniquement qui,
selon nous, ne font que refléter une modification des pratiques commerciales.
Nous ne sommes pas opposé
;s à des changements lorsqu'ils sont nécessaires
pour moderniser les règles fiscales et clarifier leur application à
cette nouvelle manière d'effectuer les transactions. Nous pensons cependant
que ces changements devraient être mûrement réfléchis
et que la communauté économique devrait être consultée
avant leur mise en uvre.
Les BIAC/ICC appellent instamment
les gouvernements des pays membres de l'OCDE et des autres pays à construire
un vaste consensus international dans le cadre d'un effort visant à diminuer
la double imposition internationale sur le revenu ou la consommation et à
réduire les obstacles à l'acquittement. Un tel effort bénéficiera
aux entreprises et en particulier aux petites entreprises qui ont le plus à
gagner à utiliser Internet et à opérer internationalement.
Document n° 180/421
15 décembre 1999
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