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Conduite responsable des entreprises : l'approche d'ICC
Note d'information préparée par le Groupe sur l'entreprise dans la société, 6 may 2000

Version anglaise

Introduction

Les entreprises, poussées par l'évolution des attitudes sociales, par les inquiétudes quant aux effets possibles de la mondialisation et par les attentes croissantes concernant leur rôle dans la société, explicitent de plus en plus souvent leurs valeurs sous forme de principes déontologiques exposant la manière dont elles entendent conduire leurs affaires. L'objectif de la présente note est de donner aux membres d'ICC des indications pratiques sur la manière d'aborder la question des principes déontologiques, afin de situer la déontologie propre de l'entreprise dans le cadre existant des principes génériques du secteur privé, des codes gouvernementaux et d'autres initiatives nouvelles du même ordre, ainsi que des valeurs sociales plus générales.

Raison d'être des principes déontologiques

La fonction première d'une entreprise est de créer de la richesse et de la valeur pour ses clients, pour ses actionnaires, pour ses employés et pour l'ensemble de la société. Aujourd'hui, le rôle du secteur privé dans l'économie de marché et la contribution positive de l'initiative entrepreneuriale au progrès écologique et social sont de mieux en mieux reconnus dans le monde entier. La création de richesses et la croissance économique sont les fondements qui permettent aux entreprises de contribuer efficacement à la protection de l'environnement et à l'amélioration des conditions sociales.

De plus en plus souvent, les entreprises explicitent leurs valeurs sous forme de principes déontologiques. Elles développent aussi des politiques, des procédures d'application et des systèmes de gestion afin de les mettre en œuvre. De tels principes et pratiques ne sont pas un phénomène nouveau et existent dans de nombreuses entreprises depuis des décennies, mais le fait qu'ils soient de plus en plus affichés, ces dernières années, montre l'importance que les entreprises attachent à se comporter en citoyens responsables.

Toute entreprise qui élabore ses propres principes déontologiques le fait en fonction de sa situation et de ses besoins particuliers - de son histoire et de sa culture, de la nature de ses activités et de ses objectifs commerciaux, de sa localisation géographique, de sa taille, etc. La grande diversité des codes de déontologie existants démontre qu'il ne peut y avoir une série unique de principes "modèles" uniformes applicables à toutes les entreprises.
Pour être efficaces et adaptés à chaque cas particulier, les principes déontologiques devraient être élaborés et appliqués par l'entreprise elle-même. D'après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), il y a actuellement dans le monde 60 000 entreprises multinationales, qui sont confrontées à une grande variété de situations dans les différents pays où elles ont des activités. Leurs principes déontologiques doivent donc être suffisamment souples pour tenir compte de cette diversité. Un système de "taille unique" serait incompatible avec la grande diversité des acteurs du secteur privé, même si certains des principes génériques mentionnés ci-dessous peuvent fournir une liste de référence utile des domaines à couvrir.

Les entreprises qui n'affichent pas formellement leurs principes déontologiques n'en ont pas moins souvent des valeurs non écrites qui guident leurs activités, et elles peuvent avoir des politiques et des procédures internes de contrôle, d'évaluation et de rapport.

Souvent, les principes déontologiques proprement dits sont complétés par des lignes d e conduite et des procédures internes dans des domaines particuliers tels que la gestion de l'environnement, la sécurité et la santé au travail ou l'éthique et l'intégrité.

En dernière analyse, c'est le comportement de l'entreprise qui compte - et non l'existence formelle de principes déontologiques. Le fait qu'une entreprise décide ou non d'adopter et de publier des principes déontologiques ne devrait donc pas être considéré comme le seul signe de son engagement à respecter de bonnes pratiques.

Cadre des principes déontologiques

L'essentiel du cadre dans lequel les entreprises doivent opérer est établi par le droit national et international.

Les entreprises soutiennent aussi, à des degrés divers, des codes génériques produits par des organisations du secteur privé ou d'autres, et les utilisent comme référence pour leurs propres principes déontologiques. Certains de ces codes se présentent sous la forme de recommandations générales, par exemple :

D'autres contiennent des lignes directrices plus spécifiques ou sectorielles, par exemple :

Il en existe beaucoup d'autres.

Aussi bi en ces principes généraux que particuliers/sectoriels peuvent être une référence utile pour les entreprises - notamment petites et moyennes - qui élaborent leurs propres principes déontologiques. Les codes et principes devraient pouvoir être périodiquement révisés afin de tenir compte du rythme accéléré du changement, mais devraient aussi être stables et fiables, de manière à préserver la confiance dans l'entreprise et la certitude à long terme.

Divers autres principes, lignes directrices et codes ont été élaborés à l'intention des entreprises par les gouvernements, les institutions intergouvernementales et les organisations non gouvernementales (ONG), dont par exemple :

Au dernier recensement, plus de 40 initiatives de ce type - achevées ou en préparation - ont été répertoriées.

En plus de ces textes visant spécifiquement les entreprises, il existe plusieurs déclarations de principes fondamentaux de l'ONU qui, bien que principalement destinées aux gouvernements, intéressent aussi les entreprises. Citons parmi elles :

Ces trois déclarations ont été citées par Kofi Annan dans son discours de janvier 1999 à Davos, lorsqu'il a invité les entreprises à relever le défi d'adopter un cadre de valeurs et de principes un iversellement partagés dans le domaine des droits de l'homme, des normes du travail et de la protection de l'environnement, dit "pacte mondial pour le XXIe siècle". ICC a fait bon accueil à la proposition du Secrétaire général de l'ONU et différentes initiatives sont en cours, impliquant l'ONU, ICC et d'autres organisations du secteur privé, afin de montrer comment les entreprises contribuent à ces valeurs par leurs pratiques individuelles.

ICC connaît l'attention portée par les Nations unies aux droits de l'homme. Bien que l'élaboration et l'application du cadre juridique de la protection des droits de l'homme relèvent de la responsabilité des gouvernements, les entreprises ont intérêt à encourager l'amélioration des conditions sociales, qui sont un facteur important pour la stabilité du développement, ainsi qu'à montrer l'exemple en matière de pratiques respectueuses des droits de l'homme.

Primauté des principes déontologiques propres à chaque entreprise

Les entreprises, à titre individuel, doivent avant tout se demander si leurs principes déontologiques doivent être explicités, ce qu'ils doivent contenir et quelles sont les dispositions à prendre pour assurer leur respect. Les conséquences juridiques possibles des principes déontologiques individuels doivent aussi être prises en considération. Les principes et les dispositions les concernant seront vraisemblablement propres à chaque entreprise, bien qu'il puisse y avoir beaucoup à apprendre, pour leur élaboration, des bonnes pratiques d'autres entreprises.

On a constaté, ces dernières années, une importante augmentation du nombre de principes, lignes directrices ou codes produits à l'intention du secteur privé par les organisations gouvernementales et non gouvernementales, et l'adhésion des entreprises à ces différentes initiatives est de plus en plus fortement sollicitée. Elles sont de ce fait de plus en plus nombreuses à s'interroger sur la nécessité d'élaborer leurs propres principes déontologiques, sur leur contenu et sur le soutien à apporter aux codes externes.

Selon leur situation particulière (par exemple secteur économique, taille, lieu d'implantation) les entreprises peuvent prendre pour référence différents codes. Elles se tournent souvent en premier lieu vers des principes publiés par des organisations du secteur privé telles qu'ICC, ou élaborées avec la participation de la communauté économique - par exemple les principes directeurs de l'OCDE pour les entreprises multinationales ou les Global Sullivan Principles.

Démarche volontaire

Quelle devrait être l'approche d'une entreprise qui s'interroge sur l'opportunité d'élaborer ses propres principes déontologiques et sur la manière de répondre aux pressions l'invitant à soutenir ou à adopter un code de conduite externe? Plutôt qu'une réaction à des sollicitations extérieures, la décision d'une entreprise d'adopter ses pr opres principes déontologiques devrait être motivée par le désir d'exprimer les valeurs qui guident sa démarche professionnelle et de les diffuser au plan interne, ainsi qu'au plan externe si elle le juge approprié. De telles décisions doivent être prises par l'entreprise elle-même.

Les principes déontologiques définissent normalement ce que l'entreprise considère comme ses responsabilités envers ses salariés, ses actionnaires, ses clients et ses partenaires commerciaux, ainsi qu'envers les autres composantes de la société. Ils comprennent en général un exposé de la mission et des valeurs de l'entreprise, ainsi que des principes opérationnels. Certains contiennent des déclarations de politique générale plus détaillées, ou peuvent être accompagnés de documents séparés relatifs aux politiques, aux systèmes de gestion, à l'application et aux procédures de contrôle. Le processus d'élaboration, d'adoption et d'application des principes déontologiques de l'entreprise devrait recueillir un large soutien des personnels et faire l'objet d'une vaste opération de consultation et de communication interne. Il s'agit là de décisions que chaque entreprise doit prendre individuellement. Lors de l'adoption de principes déontologiques, priorité devrait être donnée à l'élaboration, à l'application et au contrôle de principes propres à l'entreprise.

Les codes imposés par les pouvoirs publics, ou d'autres codes externes, ne semblent pas pouvoir remplacer de manière viable des principes déontologiques librement consentis et élaborés par l'entreprise elle-même, bien qu'ils puissent, comme indiqué plus haut, avoir une réelle valeur en tant que texte de référence externe. Certaines entreprises choisissent d'exprimer publiquement leur soutien à un ou plusieurs de ces codes externes. C'est à chaque entreprise ou secteur économique qu'il revient de décider quels sont les codes de référence qui lui seront les plus utiles et de déterminer les rapports à établir entre ses principes déontologiques et les codes/lignes directrices externes, le cadre de valeurs de l'ONU et les attentes de la société.

Le choix de la méthode et de l'étendue du contrôle interne du respect des principes déontologiques, ainsi que de la diffusion externe des résultats, relève de l'entreprise elle-même. Les tiers formeront leur jugement sur la base de la communication de l'entreprise et de leur perception de son comportement. Toutes les entreprises devront, dans une certaine mesure, tenir compte des attentes accrues de la société - à commencer par celles de leurs clients.

La vérification externe des procédures et des résultats autres que financiers de l'entreprise - dans des domaines tels que la santé, la sécurité, l'efficacité écologique et, plus récemment, sociale - est encore une pratique relativement nouvelle. Bien que la vérification par un tiers puisse être considérée comme nécessaire, dans certains secteurs, afin d'établir la responsabilité de l'entreprise face aux demandes des consommateurs et des partenaires co mmerciaux, le choix d'une vérification externe devrait relever de chaque entreprise. Les entreprises ne devraient pas non plus être tenues pour responsables de la conduite de personnes n'ayant aucun lien avec elles et agissant en qualité d'entrepreneurs ou de sous-traitants dans des chaînes d'approvisionnement de plus en plus complexes.

Ce n'est pas en édictant des codes et des règlements plus nombreux - et plus normatifs - que l'on assurera une contribution plus importante des entreprises au progrès écologique et social. Les principes déontologiques, qu'ils soient formels ou informels, jouent un rôle important en aplanissant les disparités culturelles au sein des entreprises et en renforçant la prise en compte des valeurs et des préoccupations de la société. Il s'agit principalement d'une question de persuasion et de pression exercée par des pairs, plutôt que de prescriptions contraignantes. Les entreprises jugent contreperformantes les tentatives de groupes extérieurs potentiellement irresponsables qui cherchent à imposer des codes et revendiquent un droit de regard indépendant sur le respect des principes déontologiques. La diversité des initiatives et des principes volontaires des entreprises est à la fois une ressource et une source d'innovation pour le traitement des problèmes sociaux. Leur nature librement consentie permet aux entreprises de trouver des solutions et d'apporter des améliorations que la réglementation et les approches du type "ordonner et surveiller" n'auraient pas pu susciter.


Annexe

Quelques sources d'information sur les principes, lignes
directrices et codes déontologiques

  • Un groupe de travail du Comité des échanges de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié un inventaire détaillé des codes de conduite des entreprises. Sous le titre "Codes of corporate conduct : an inventory" (TD/TC/WP(98)74/FINAL, 99 pages), ce texte recense les codes de conduite des entreprises, sur la base d'informations fournies par les États membres de l'OCDE et par des sources non gouvernementales. L'inventaire couvre 233 codes, dont la majorité ont été produits par des entreprises à titre individuel. Le document est disponible sous format pdf sur le site web de l'OCDE, à l'adresse www.oecd.org. Les principes directeurs de l'OCDE pour les entreprises multinationales sont également disponibles sur ce site.
  • Le groupe de travail "Global Business Ethics Principles" du Conference Board a publié un rapport intitulé Global Corporate Ethics Practices: A Developing Consensus (Research Report 1243-99-RR, 48 pages). Ce rapport analyse les tendances et les procédures utilisées pour élaborer et appliquer des principes déontologiques mondiaux, et montre comment le processus de formulation de ces codes est devenu plus dynamique et plus global. Ce rapport, qui se fonde sur des réunions tenues en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Amérique latine, traite : (1) des tendances qui conduisent vers l'émergence d'un consensus sur des principes déontologiques mondiaux ; (2) des procédures utilisées par les entreprises pour élaborer et appliquer des normes de conduite mondiales ; et (3) des efforts des entreprises visant à contrôler et à renforcer les principes mondiaux d'éthique des affaires. Le rapport est en vente sur le site web du Conference Board, www.conference-board.org.

  • · Des exemples de principes déontologiques peuvent être trouvés sur les sites web de différentes entreprises, dont :

www.bpamoco.com
www.dow.com
www.kesko.fi
www.inggroup.com
www.nestle.com
www.pepsico.com
www.pg.com
www.sgsgroup.com
www.shell.com
www.unilever.com


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