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L’Internet libre et ouvert : le meilleur modèle économique

 

par Guy Sebban

 

Cela ne fait aucun doute, le Sommet mondial sur la société de l'information qui aura lieu à Tunis du 16 au 18 novembre prochain sera dominé par la question de savoir "qui contrôle" l’Internet.Bien que l'un des objectifs officiels de cette réunion intergouvernementale soit d’optimiser l’Internet en tant qu’outil de développement, les débats en Tunisie porteront surtout sur la maîtrise de la circulation de l’information sur cette super-autoroute.

 

Certains États recherchent un meilleur contrôle et une meilleure réglementation de l'Internet, des informations qui y circulent ainsi que de leur organisation.

Mais pour le monde des affaires, il ne s'agit pas tant de savoir comment dominer cet outil exceptionnel, que d’encourager sa croissance. Il y a lieu en effet d'aider son expansion afin d'offrir un avenir meilleur   au plus grand nombre possible d’êtres humains grâce aux multiples qualités d’Internet.

 

Pour le secteur privé, le meilleur moyen d’y parvenir est de faire évoluer les accords existants sur la gestion de la coordination technique du net.

 

Avec sa structure de gouvernance actuelle, le nombre total d’usagers de l’Internet est passé dans les sept dernières années, de 106 millions à plus d’un milliard.Évidemment, ce sont surtout les pays développés qui ont bénéficié de cette expansion, mais il est indéniable que la structure de la gouvernance actuelle de l’Internet fonctionne bien.

 

L’extraordinaire croissance et le succès continu d’Internet s’explique par le fait qu’il s’agit essentiellement un réseau ouvert. Un réseau affranchi des contraintes bureaucratiques des règlements administratifs, invulnérable aux caprices d’un quelconque groupe d’intérêt – qu’il s’agisse d’un organisme gouvernemental, du secteur privé ou de la société civile – et si bien organisé qu’il échappe à la manipulation.

 

L’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), organisme gouvernemental américain dépendant du ministère du Commerce, assume bien son rôle de policier sur l’autoroute. Le conseil d’administration qui supervise ses activités, représente une gamme suffisamment étendue  de parties prenantes pour assurer son impartialité.En outre, aux termes d’un protocole d’accord entre le gouvernement américain et l’ICANN, le registre des noms de domaine a été conçu pour s’affranchir davantage du ministère du Commerce à la fin 2006.

 

Par aileurs, on peut s’interroger sur les motivations des pays qui tentent d’exercer un plus grand contrôle sur l’Internet. Cherchent-ils à assurer à leurs citoyens l’accès à cette multitude de nouvelles idées, de nouveaux services, et ces immenses possibilités éducationnelles et commerciales que promet l’Internet ? Veulent-ils exposer leurs populations à cette capacité exceptionnelle d’Internet à responsabiliser, éduquer, ouvrir les esprits et faire reculer les frontières ? Voilà des questions qui exigent une réponse.

 

Personne ne peut prétendre que le net est une force du bien parfaite, un agent de changement positif véhiculant exclusivement de saines informations et du matériel éducatif.Mais si certaines propositions ayant pour conséquences de restreindre le développment d'Internet sont adoptées et appliquées par les États représentés à la réunion de Tunis, ce merveilleux instrument sera puni pour avoir commis un seul crime, celui de promouvoir la liberté d’expression.

 

Le milieu des affaires juge que la notion même de « diriger » l’Internet est un anathème et condamne son existence.Soumettre l’Internet aux mêmes procédures intergouvernementales que celles qui régissent aujourd’hui les Nations Unies équivaudrait à amoindrir son efficacité.Il ne s’agit pas de critiquer les Nations Unies, mais plutôt de souligner l’énorme différence entre le processus ardu de recherche de consensus intergouvernemental et la tâche de maintenir un flot du trafic ultrarapide sur l’autoroute de l’information.

 

La communauté scientifique a été déterminante dans la création de l’Internet, le secteur privé a joué un rôle considérable dans son développement et son expansion ; aujourd’hui tous deux sont prêts à aider les gouvernements à étendre son rayonnement.

 

Ill ne sert à rien de doter les populations d’un outil extrêmement puissant et captivant, sans leur donner la formation appropriée pour pouvoir s’en servir.Ce qui est crucial pour la formation d’une société informatisée véritablement globale, c’est ce qu’on appelle le « renforcement des capacités », aussi bien humaines que techniques.

 

Les programmes d’éducation et de formation conjointement développés et mis en place par les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile, sont indispensables car ils assurent à ceux qui surfent sur le net la possibilité d’exploiter correctement l’intégralité du potentiel de l’outil auquel ils ont accès.

 

Parallèlement, il faut construire les infrastructures terrestres adéquates, qu’il s’agisse comme aujourd’hui de câbles ou de fils électriques sur lesquels les données voyagent, ou des systèmes locaux qui les gèrent.

 

Ce qui est indispensable, c’est l'avènement de ce que nous, dans le monde des affaires, appelons un « environnement favorable ».Les technologies de l’information et de la communication ne peuvent être florissantes sans les investissements privés. Or, les pouvoirs publics, travaillant en étroite concertation avec les sociétés civiles et les secteurs commerciaux, sont les seuls capables de créer un environnement attractif pour les investisseurs privés tout en leur assurant la rentabilité souhaitée.

 

Une entreprise qui songe à investir dans un pays doit d’abord vérifier que les institutions en place garantissent la transparence, que la législation en vigueur est stable et prévisible et surtout que le gouvernement local s’investit dans la voie de la libéralisation et de la libre concurrence.Les pays qui se sont engagés à créer cet "environnement favorable" constatent déjà les résultats de leur stratégie : les secteurs de la communication et de l’information sont florissants et leurs populations sont dotées de nouvelles possibilités.

 

Tournons donc les yeux vers Tunis dans l’espoir que les discussions sur la gouvernance de l’Internet ne porteront pas ombrage aux progrès possibles de l’Internet mais contribueront bien à son développement.

 

Les délégués qui assisteront au sommet international de Tunis devraient réfléchir à la manière de fournir cet outil remarquable qu’est l’Internet à des utilisateurs dont les vies pourraient être complètement transformées.

 

Guy Sebban est Secrétaire général de la Chambre de Commerce Internationale (ICC) www.iccwbo.org et Président du Comité de Coordination des Interlocuteurs commerciaux du Sommet WSIS – www.businessatwsis.net.

 


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