L'Assemblée du millénaire de l'ONU : message de la communauté économique internationale sur le rôle de l'ONU au XXIe siècle
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La Chambre de commerce internationale (ICC) est l'organisation mondiale des entreprises. Elle est l'unique porte-parole reconnu du secteur privé à s'exprimer au nom de l'ensemble des secteurs économiques de toutes les régions du monde.
Moins d'un an après la création de l'Organisation des Nations unies, ICC s'est vu accorder auprès d'elle un statut consultatif de première catégorie. Pendant la plus grande partie du demi-siècle qui a suivi, cependant, ses relations de travail avec l'ONU ont été entravées par les divisions idéologiques de la guerre froide et l'attitude de suspicion, voir d'hostilité envers l'entreprise privée de nombreux États membres de l'organisation.
Depuis quelques années, par contre, le rôle central de la libre entreprise dans l'économie de marché et l'importante contribution apportée par l'initiative privée au développement économique et au progrès social sont de plus en plus largement reconnus dans le monde. Cette évolution a également conduit à une large réévaluation des relations entre l'ONU et la communauté économique, ainsi qu'à l'élaboration d'un programme de travail conjoint beaucoup plus étendu, stimulé par les réunions de haut niveau tenues en février 1998 et juillet 1999 entre une délégation de dirigeants d'ICC, conduite par son président Adnan Kassar, et des hauts fonctionnaires de l'ONU, sous la houlette du secrétaire général Kofi Annan.
Les déclarations conjointes du secrétaire général de l'ONU et de la Chambre de commerce internationale (voir annexes I et II) adoptées à l'issue de ces réunions ont confirmé le puissant soutien mutuel susceptible d'unir les objectifs des Nations unies - promouvoir la paix et le développement - et ceux des entreprises - créer des richesses et de la prospérité.
En vue de réaliser ces objectifs solidaires, il paraît essentiel à la communauté économique que l'ONU montre la voie en agissant dans les domaines suivants :
1. Avant tout, promouvoir la paix et la sécurité, sans lesquelles il ne peut y avoir d'activité économique productive
Le maintien de relations pacifiques entre les États souverains, comme à l'intérieur de ces États, est essentiel pour étendre à l'humanité entière les bénéfices de la mondialisation. L'absence de conflits armés est une condition préalable nécessaire à la prospérité du secteur privé local et à l'investissement d'entreprises étrangères.
2. Poursuivre ses efforts afin d'encourager le bon gouvernement intérieur des États
Le rôle accru accordé à la libre entreprise, à des marchés ouverts et à la concurrence implique une intervention moins exhaustive des pouvoirs publics dans la réglementation. En même temps, une société stable et disciplinée, capable de profiter économiquement de l'entreprise privée, exige un cadre de règles fondamentales administrées par des pouvoirs publics puissants, efficaces, transparents et impartiaux, qui sont l'essence même d'un bon gouvernement.
3. Œuvrer au développement d'un environnement accordant aux marchés concurrentiels et à l'initiative privée un rôle central dans la réalisation de la croissance et du développement
L'initiative privée, mise au service des consommateurs dans un marché concurrentiel, est un ingrédient clé du processus de développement économique. Les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer, dans ce contexte, en veillant au maintien des conditions de concurrence ainsi qu'à la reconnaissance et à la juste récompense de la réussite des entreprises.
4. Raffermir le soutien mondial à un système ouvert de commerce et d'investissement fondé sur des règles, tout en s'opposant à toute forme de protectionnisme
La libre circulation aux frontières des biens et des services, de l'investissement, du savoir-faire, des technologies et de l'information demeure une priorité. ICC se tient prête à travailler en étroite collaboration avec l'ONU à démontrer les liens fondamentaux existant entre cette circulation et le développement.
Il ne peut cependant y avoir de liberté sans règles, et ce principe s'applique également aux marchés. Un juste équilibre entre liberté et réglementation doit être établi afin d'assurer le bon fonctionnement de l'économie mondiale.
5. Renforcer la capacité des pays en voie de développement, en particulier les moins avancés, et des économies en transition à s'intégrer dans l'économie mondiale et à partager les bénéfices de la mondialisation
L'un des aspects les plus préoccupants et les plus néfastes, potentiellement, du processus d'accroissement de l'interdépendance mondiale est l'apparition d'un fossé entre les pays qui se sont intégrés avec succès dans l'économie mondiale concurrentielle libéralisée et en tirent profit et les pays qui n'y sont que partiellement parvenus ou ont largement échoué, pour une raison ou une autre, à progresser de manière significative dans cette voie. Réduire ce fossé sera l'un des principaux défis du siècle qui s'ouvre.
Les entreprises et les responsables de la réglementation doivent faire face au plus grand défi d'aujourd'hui, qui est l'émergence d'une société mondiale de l'information, avec les possibilités qu'elle offre d'étendre plus largement les bénéfices de la mondialisation.
6. Porter une attention particulière au développement des capacités des pays les moins avancés, notamment en ce qui concerne les ressources humaines, l'infrastructure et la réforme des institutions, afin de les aider à attirer des investissements et à s'intégrer dans la société mondiale de l'information
Compte tenu de la rapide croissance des flux de capitaux privés, l'ONU et les organismes multilatéraux de développement devraient de plus en plus orienter leur assistance technique et financière, et notamment leur aide à des conditions de faveur, vers les pays les moins avancés, qui éprouvent des difficultés particulières à attirer les investissements étrangers directs.
7. Poursuivre l'élaboration des normes juridiques et techniques essentielles au fonctionnement efficace et ordonné du système économique international
Face à la mondialisation rapide des marchés, ICC appelle instamment l'ONU à élaborer des normes juridiques et techniques internationalement acceptées afin de faciliter les transactions économiques transfrontières, là où cela s'avère nécessaire pour compléter les normes mises en place par la communauté économique elle-même.
8. Prendre la tête des actions mondiales de protection et de conservation des "biens publics" internationaux, dans des domaines tels que les océans, l'atmosphère, l'eau, la biodiversité et la santé publique
Actuellement, trop d'actions faisant double emploi, ainsi qu'un manque de coordination, empêchent les organismes intergouvernementaux de traiter efficacement ces questions complexes. Les problèmes réellement planétaires ne peuvent être résolus par des efforts nationaux ou régionaux isolés.
9. Assurer la reconnaissance de l'ONU et de ses institutions et programmes spécialisés en tant qu'instances mondiales chargées de la promotion des droits de l'homme et de l'amélioration des normes en matière d'environnement et de travail - valeurs fondamentales évoquées par le secrétaire général de l'ONU dans son pacte mondial avec les entreprises
L'histoire montre que la cause des droits de l'homme et l'amélioration des normes en matière d'environnement et de travail progressent plus facilement lorsque la prospérité s'accroît, grâce à l'interaction de l'économie de marché et de bonnes pratiques de gouvernement. Un ferme engagement en faveur de l'ouverture des marchés et un traitement efficace de ces questions auront pour effet de se renforcer mutuellement et devraient aller de pair.
Le système commercial multilatéral ne devrait pas être sollicité pour régler des problèmes non commerciaux tels que les droits de l'homme, les normes du travail et la protection de l'environnement. Exiger cela de ce système le soumettrait à de fortes contraintes et à un risque de protectionnisme accru, sans pour autant produire les résultats escomptés. Ces questions doivent être traitées au sein de l'ONU et de ses institutions spécialisées.
10. Pour atteindre ces objectifs, l'efficacité et l'autorité de l'ONU devraient être renforcées, en élargissant sa base de ressources et en rationalisant son organisation interne, afin d'améliorer la cohésion et la coordination
La communauté économique internationale reconnaît que l'ONU doit disposer de suffisamment de ressources et d'autorité pour s'attaquer efficacement aux problèmes mondiaux de notre époque, complexes et souvent liés les uns aux autres, et appelle instamment à un effort de rationalisation, dans le cadre des réformes institutionnelles entreprises par le système de l'ONU, afin de réduire la bureaucratie et les chevauchements de responsabilités. À cet égard, l'ONU devrait se charger de coordonner plus efficacement les processus internationaux de décision. Il est particulièrement important que l'ONU s'affirme comme un pôle unique et puissant pour le traitement des questions écologiques, qui ont des rapports significatifs avec les activités de bon nombre d'autres organisations intergouvernementales.
De nombreuses questions d'intérêt mondial doivent aujourd'hui faire l'objet de décisions au niveau mondial, avec la participation des entreprises à un dialogue politique constructif. La coopération entre le système de l'ONU et ICC repose aujourd'hui sur des bases solides. Les entreprises ont réagi positivement au pacte mondial proposé par le secrétaire général Kofi Annan en vue de promouvoir des valeurs universellement partagées dans le domaine des droits de l'homme, des normes du travail et de la protection de l'environnement.
ICC est disposée à travailler avec l'ONU afin de développer cette synergie, en ce nouveau siècle, au bénéfice de tous. Les entreprises, à condition de disposer d'un environnement propice, sont prêtes à jouer pleinement leur rôle en contribuant au développement durable, à la création d'emplois et à l'amélioration du niveau de vie, partout dans le monde.