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Déclaration
de politique générale
Déclaration
d'ICC sur les règles relatives aux sociétés étrangères
contrôlées (CFC)
Rédigé
par le groupe de travail sur la législation des sociétés
étrangères contrôlées
Introduction
La présente déclaration a pour objet d'attirer l'attention
des responsables des politiques fiscales nationales et internationales
sur les problèmes que pose aux entreprises engagées dans
des activités internationales l'application de diverses règles
spécifiquement nationales relatives aux sociétés
étrangères contrôlées (règles sur les
CFC).
En vingt ans, la mondialisation
a conduit, dans toutes les régions, à une énorme
augmentation des investissements étrangers directs. De nombreux
pays ont éliminé ou réduit les obstacles à
la libre circulation des capitaux et des investissements. Le nombre des
sociétés possédant des entités étrangères
a considérablement augmenté et il existe aujourd'hui plus
de 65 000 entreprises transnationales, dotées au total de plus
de 850 000 filiales à l'étranger . Cette évolution
a amélioré le fonctionnement de l'économie de tous
les pays et accru les possibilités d'améliorer le bien-être
et la situation économique du plus grand nombre.
Parallèlement
à cette évolution, l'on a cependant aussi assisté
à une prolifération de règles visant à lutter
contre l'évasion et la fraude fiscales : dispositions anti-abus
générales des lois nationales, règles anti-évasion
des conventions bilatérales, ou règles nationales spécifiquement
destinées à contrecarrer les opérations considérées
comme abusi
ves, telles que les règles sur les CFC. Les États-Unis
ont introduit les règles sur les CFC au titre de la « sous-partie
F » en 1962 et, surtout depuis dix ans, un nombre important d'autres
pays ont suivi leur exemple et instauré des règles du même
ordre.
Les règles sur les CFC entravent les échanges internationaux
La législation des CFC peut être définie, au sens
large, comme un ensemble de dispositions techniques autorisant le pays
de résidence de l'actionnaire à imposer sur une base courante
les revenus générés par une société
étrangère contrôlée par l'actionnaire. Les
règles sur les CFC s'appliquent aux actionnaires ayant une participation
de contrôle, qu'il s'agisse de personnes physiques et morales. En
principe, la double imposition est évitée grâce à
un crédit d'impôt pour les impôts payés à
l'étranger.
Selon leur conception
et leurs modalités d'application, les règles sur les CFC
peuvent constituer un obstacle à la libre circulation des capitaux.
Les entreprises multinationales (EMN) courent le risque d'être confrontées
dans ce domaine à de nombreuses règles et exigences nationales
contradictoires. Les détenteurs de sociétés peuvent,
dans un même pays, se trouver soumis à des règles
fiscales très différentes selon les lieux où ils
exercent leurs activités.
Les raisons de l'introduction
de règles sur les CFC sont variables. Dans certains pays, la législation
des CFC vise à assurer la neutralité vis-à-vis de
l'exportation de capitaux (ce qui signifie que les revenus d'opérations
étrangères sont imposés de la même manière
que les revenus nationaux). Mais dans un monde de plus en plus intégré
économiquement, la neutralité vis-à-vis de l'importation
de capitaux (qui signifie que les revenus étrangers sont imposés
dans le pays étranger selon ses règles nationales) est appelée
à jouer un rôle accru car elle favorise l'efficacité
économique générale et améliore la compétitivité
des entreprises ayant des activités internationales.
Position d'ICC
: Les règles sur les CFC sont susceptibles d'entraver gravement
les échanges internationaux, en particulier pour les EMN. La protection
de l'assiette nationale de l'impôt se paie à long terme,
pour le pays en question, par une perte d'efficacité économique.
ICC estime par conséquent que les gouvernements devraient soigneusement
évaluer les avantages à court terme des règles sur
les CFC par rapport au désavantage concurrentiel qu'elles représentent
pour la localisation des activités économiques et pour les
entreprises nationales ayant des activités à l'étranger.
Il est généralement admis que le principe de la pleine concurrence
en matière de prix de transfert
est une mesure efficace pour protéger
l'assiette nationale de l'impôt.
Approche « par entité » contre approche « par
opération »
Les règles nationales sur les CFC sont très variables. En
ce qui concerne les législations des CFC appliquées dans
les pays de l'OCDE, elles se répartissent principalement, d'après
leurs caractéristiques communes, selon deux modèles :
- approche par opération
- approche par entité ou par pays.
Dans le cadre de l'approche
par opération, la caractérisation fiscale des revenus attribués
aux actionnaires résidents dépend de la nature de ces revenus.
Les revenus passifs sont en général considérés
comme « altérés ». L'approche par entité,
par contre, prévoit l'imputation de la totalité des revenus
perçus par la CFC dans un pays donné. Cet effet «
tout ou rien » constitue l'une des faiblesses de cette approche.
Position d'ICC
: Afin de veiller à éviter en pratique la double imposition
(par des règles nationales ou des conventions fiscales), les règles
sur les CFC fondées sur une approche par entité devraient
toujours contenir des dispositions permettant d'exclure du champ de ces
règles les entreprises étrangères exerçant
une réelle activité économique. Dans le cadre d'une
telle approche, l'activité économique globale doit être
prise en considération. La notion d'activité économique
réelle ne devrait pas se limiter aux activités industrielles
ou commerciales, mais inclure également les activités financières
ou de holding qui constituent une part intégrante des sociétés
multinationales. Il est en outre très important que les règles
visant à déterminer si certaines activités peuvent
faire entrer une entreprise dans le champ de la législation des
CFC soient clairement précisées, applicables en pratique
et transparentes. Le mode d'exercice des activités économiques
n'est pas forcément pertinent à cet égard. Les activités
exercées par le biais de l'internet ne devraient pas être
considérées comme générant des revenus «
altérés ».
Identification des régimes à faible imposition
Les règles sur les CFC prévoient généralement
de considérer comme revenus de CFC les revenus générés
par des sociétés étrangères contrôlées
qui sont soumis dans leur pays à un taux d'imposition inférieur
au taux applicable aux actionnaires résidents, ou qui bénéficient
d'un traitement fiscal étranger favorable.
Dans le contexte des
CFC, les pays peuvent être classés selon les méthodes
suivantes :
- liste nominative de pays qui sont exclus du champ de
la législation
des CFC (« liste blanche ») ou inclus dans ce champ («
liste noire »), sur la base de critères considérés
comme « acceptables », dans le premier cas, ou « dommageables
», dans le second.
- approche comparative, selon laquelle la législation des CFC s'applique
à certains éléments de revenus quand le montant de
l'impôt payé par la CFC est inférieur à un
taux ou à un montant donnés. À cet effet, les retenues
à la source sur les intérêts, les dividendes et les
redevances doivent aussi être prises en compte.
Position d'ICC
: L'identification des régimes à faible imposition ou
à faibles recettes fiscales est une question cruciale pour l'application
des règles sur les CFC. ICC appelle les gouvernements à
choisir avec la plus grande attention les critères de cette identification.
Il importe aussi de veiller à ce que ces critères soient
appliqués sans discrimination.
Rapports avec la concurrence fiscale « dommageable »
Le rapport de 1998 de l'OCDE sur la concurrence fiscale dommageable recommandait
l'adoption de règles sur les CFC afin de lutter contre les pratiques
fiscales dommageables. Le fait est, cependant, que les règles sur
les CFC vont, dans de nombreux cas, beaucoup plus loin. En attribuant
à l'actionnaire les revenus de la CFC et en les imposant dans son
pays de résidence, les règles sur les CFC tendent à
annuler totalement les effets de la concurrence fiscale internationale.
Il existe un large consensus pour reconnaître que la concurrence
entre pays est saine et nécessaire dans le domaine fiscal. Selon
les critères généralement acceptés, un régime
fiscal ne doit pas être considéré comme dommageable
s'il est transparent et si des informations suffisantes sont disponibles.
Lorsque l'OCDE a conclu que ces conditions étaient remplies, des
règles sur les CFC ne se justifient plus et ne devraient pas être
appliquées.
Position d'ICC
: La communauté économique internationale est convaincue
que la concurrence fiscale internationale contribue à renforcer
l'efficacité économique. ICC est fermement opposée
à toute tentative d'harmonisation mondiale de la pression fiscale
ou des systèmes d'imposition. D'un autre côté, les
gouvernements devraient s'abstenir d'appliquer des règles nationales
sur les CFC lorsqu'un régime fiscal étranger est considéré
comme transparent et qu'un échange international efficace d'informations
est possible. L'application de règles sur les CFC à des
régimes qui ne sont pas considérés comme dommageables
devrait de ce fait être exclue.
Conflits entre législation des CFC et obligations internationales
Il peut se produire un certain nombre de conflits entre la législation
des CFC et les obligations internationales d'un pays, notamment en ce
qui concerne les conventions fiscales internati
onales ou les obligations
liées à l'appartenance à une organisation économique
telle que l'Union européenne.
Le principe de la
primauté de la loi internationale sur la loi nationale est reconnu
dans de nombreux pays. Dans ce cas, la loi nationale ne peut s'imposer
au détriment des engagements résultant de conventions internationales.
Dans d'autres pays, les lois nationales adoptées après l'entrée
en vigueur d'accords internationaux priment sur ces derniers. Mais que
le principe de la primauté de la loi internationale soit accepté
ou non, tous les pays sont tenus de respecter leurs engagements internationaux
(pacta sunt servanda - droit coutumier international et convention de
Vienne sur le droit des traités).
Compatibilité avec les conventions fiscales
La question de savoir si les règles sur les CFC doivent être
compatibles avec les traités internationaux fait l'objet de débats
depuis de nombreuses années. Bien que les commentaires du modèle
de convention fiscale de l'OCDE soutiennent la position selon laquelle
les règles sur les CFC devraient être considérées
comme indépendantes des conventions fiscales, les arguments avancés
semblent être de pure forme, et contraires aux principes généraux
sous-tendant le modèle de l'OCDE comme à l'esprit des conventions
fiscales. De ce fait, un nombre croissant de membres de l'OCDE se sont
désolidarisés des vues exprimées dans ces commentaires
en ce qui concerne les rapports entre les règles sur les CFC et
les conventions fiscales. D'un autre côté, il existe un consensus
sur le fait que les pays peuvent convenir dans leurs conventions fiscales
de dispositions (par ex. clauses de limitation des avantages) les autorisant
à exclure du champ de la convention certains types de revenus ou
certaines entités, dans des situations clairement précisées.
Position d'ICC
: La communauté économique internationale considère
que lorsqu'un pays a l'intention de limiter le champ de ses obligations
conventionnelles par des règles nationales sur les CFC, il ne peut
le faire que si ses partenaires au sein de la convention fiscale l'acceptent.
Il ne doit en aucun cas prendre de telles mesures si ses règles
sur les CFC risquent d'entrer en conflit avec les dispositions ou les
intentions des partenaires aux négociations (passées) sur
la convention. Les pays qui envisagent d'adopter, d'étendre ou
d'appliquer des règles sur les CFC doivent dans tous les cas informer
leurs partenaires conventionnels et prévoir d'apporter aux conventions
fiscales les ajustements nécessaires.
Compatibilité avec le traité instituant l'Union européenne
La question de savoir si les règles sur les CFC peuvent être
contraires aux obligations résultant de l'appartenance à
une organisation économique, et en particulier à l'Union
européenne, fait également l'objet de débats. Un
certain nombre de pays de l'UE sont déjà de cet avis et
li
mitent leurs règles sur les CFC aux pays tiers. D'un point de
vue économique, il est clair que le recours à la législation
des CFC constitue un obstacle à la création d'un marché
unique. Il est aussi évident que les règles sur les CFC
peuvent entraver la libre circulation des personnes, des capitaux et des
services, et compromettre le droit d'établissement.
Position d'ICC
: ICC considère que les règles sur les CFC, de même
que leurs modalités d'application, doivent être compatibles
avec les règles et les objectifs des organisations régionales.
Dans l'Union européenne, notamment, des règles sur les CFC
ne sont plus justifiées (code de conduite) et doivent être
abolies afin de préserver les libertés garanties par le
traité instituant la Communauté économique européenne.
D'un point de vue économique, les règles sur les CFC sont
clairement un obstacle à la création d'un marché
unique.
Conclusions
La conclusion d'ICC est que les avantages des mesures sur les CFC doivent
être soigneusement pesés par rapport à leurs inconvénients,
notamment en termes de perte de compétitivité au plan international
et d'effets négatifs sur l'efficacité économique
générale du pays.
ICC souligne
en particulier les dangers suivants pour les entreprises ayant des activités
économiques internationales :
- La prolifération de règles nationales sur les CFC accroît
le risque de revendications fiscales conflictuelles ;
- Des approches et des exigences locales conflictuelles en matière
de CFC, jointes aux clauses anti-abus des conventions fiscales, sont porteuses
d'incertitude pour la communauté économique internationale
et en particulier pour les entreprises multinationales ayant des activités
dans un grand nombre de pays ;
- Les exigences documentaires résultant des règles nationales
sur les CFC font peser une lourde charge sur la communauté économique
internationale, surtout si les entreprises sont tenues de justifier de
leurs structures ;
- Les règles sur les CFC tendent à réduire une saine
concurrence fiscale et ont un effet négatif sur la position concurrentielle
du lieu d'implantation des entreprises lui-même, ou sur les entreprises
pratiquant le commerce international à partir de ce lieu.
ICC formule de ce fait les recommandations suivantes :
- La législation des CFC ne doit en aucun cas s'appliquer aux entreprises
qui exercent de réelles activités économiques dans
un pays à faible imposition dont le régime est transparent
et permet un échange d'informations efficace ;
- La législation sur les CFC doit être claire, applicable
en pratique, transparente et non discriminatoire ;
- La législation sur les CFC doit toujours être conforme
aux obligations résultant des conventions fiscales et de l'appartenance
à des organisations régionales telles
que l'Union européenne
;
- La législation sur les CFC ne doit être utilisée
qu'en dernier recours afin de contrecarrer des opérations à
visées purement fiscales qui ne font pas partie des activités
économiques normales ;
- Lorsqu'il existe une convention fiscale, cette dernière doit
contenir une disposition anti-abus clairement définie ;
- La législation sur les CFC ne doit en aucun cas être utilisée
comme un moyen de réintroduire des restrictions à la libre
circulation des capitaux ou des investissements.
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17 septembre 2003
Document 180-52/1rev.2 Final
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