|
Déclaration de politique générale
Libéralisation
du commerce, investissement étranger direct et modernisation des
douanes : un cercle vertueux
Comité
des réglementations douanières et commerciales, 22 novembre 1999
Version
anglaise
Introduction
La Chambre de commerce internationale (ICC), qui est l'organisation mondiale
des entreprises, invite les gouvernements et en particulier les ministres du
commerce et des finances à reconnaître que la modernisation des
administrations douanières - tant dans leur pays que chez leurs partenaires
commerciaux - est un important catalyseur du développement économique.
Sur le territoire national, la modernisation de l'administration douanière
favorise la croissance et l'investissement, et la mise en uvre du même
processus par tous les partenaires commerciaux du pays est nécessaire
pour que ce dernier puisse profiter pleinement des avantages commerciaux négociés.
À mesure que les
obstacles au commerce, tarifaires et autres, se trouvent réduits ou éliminés
grâce aux négociations commerciales mondiales et régionales,
la modernisation des douanes prend de plus en plus d'importance dans les efforts
que tout pays doit fournir pour attirer l'investissement étranger direct
(IED). Avec la levée des barrières tarifaires, les entreprises
multinationales et autres qui souhaitent investir à l'étranger
accordent une attention accrue à l'existence de politiques favorables
&
agrave; leur activité. Les pays qui ne maintiennent pas leur administration
douanière au niveau des normes internationales constateront que les investisseurs
refuseront tout simplement de faire face aux coûteuses dépenses
logistiques qu'entraîne l'inefficacité des douanes. Les ministres
des finances de ces pays verront l'IED se diriger vers d'autres pays disposant
d'une administration douanière plus sophistiquée. L'inefficacité
des douanes, en outre, impose aux consommateurs et aux commerçants une
contribution importante, cachée mais très réelle, dont
le "revenu", au lieu d'être encaissé par l'État
constitue une friche économique improductive.
Dans la mesure où
les douanes peuvent être un obstacle important au commerce, les pays qui
entretiennent des administrations douanières inefficaces manquent à
leurs engagements envers ceux de leurs partenaires qui ont consenti des concessions
tarifaires. Faute de normes uniformément élevées en matière
d'efficacité des douanes, les pays qui disposent d'une administration
douanière efficace mais commercent avec des pays voisins dont les douanes,
du fait de leur inefficacité, agissent comme un obstacle non tarifaire,
se trouvent indûment privés des avantages de l'ouverture des marchés.
Les ministres du commerce des États disposant de douanes à l'avant-garde
du progrès doivent insister pour que leurs partenaires commerciaux modernisent
leurs administrations douanières, afin de réaliser tous les bénéfices
des accords qu'ils passent avec eux.
Les ministres du commerce
et des finances, parce qu'ils sont en mesure de comprendre les coûts,
en terme de concurrence, du maintien d'administrations douanières inefficaces,
devraient être de fermes défenseurs du perfectionnement des douanes,
au niveau national. Beaucoup peut être fait, unilatéralement et
volontairement, pour améliorer les perspectives en matière de
croissance de l'investissement étranger et de développement du
commerce. Des gains supplémentaires peuvent en outre être trouvés
dans les synergies engendrées par un renforcement général
de l'efficacité des douanes. Les ministres du commerce et des finances
devraient donc aussi soutenir les initiatives multilatérales et régionales
visant à moderniser les administrations douanières, et notamment
le travail de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la simplification
et l'amélioration des procédures commerciales, la révision
par l'Organisation mondiale des douanes (OMD) de la convention de Kyoto sur
la simplification et l'harmonisation des procédures douanières
ainsi que tous les efforts régionaux tendant vers le même but.
Le cercle vertueux
La tendance à la libéralisation du commerce, qui s'accélère
tant au niveau mondial que régional, met la modernisation des douanes
au cur d'un processus d'émulation mutuellement bénéfique,
sous la forme d'un cercle vertueux en quatre étapes :
- Les progrès de
la libéralisation du commerce deviennent une réalité
mondiale, grâce aux négociations de l'OMC et aux négociations
régionales.
- La libéralisation
du commerce réduit la nécessité d'investir de l'autre
côté de barrières tarifaires et les investisseurs peuvent
plus librement rechercher des environnements favorables à leurs activités,
sans être contraints de s'implanter dans chaque pays entouré
de barrières tarifaires où ils espèrent faire des affaires.
- Les pays qui modernisent
leur administration douanière voient affluer de plus en plus d'IED,
ce qui incite de plus en plus fortement leurs partenaires commerciaux à
en faire de même.
- L'amélioration
des douanes entraîne de nouveaux progrès de la libéralisation
du commerce, en permettant aux pays concernés de récolter tous
les fruits des concessions commerciales négociées. La libéralisation
accrue du commerce renforce les avantages concurrentiels de la modernisation
des douanes, et ainsi de suite.
Tous ceux qui participeront
à ce cercle vertueux formé par la libéralisation du commerce,
l'IED et la modernisation des douanes en tireront avantage, tandis que ceux
qui se tiendront en dehors paieront leur exclusion de plus en plus cher, en
termes d'investissements perdus et d'isolement économique.
La tendance à
la libéralisation du commerce
La première condition de la réalisation de ce cercle vertueux
est une tendance à la libéralisation du commerce, dont il est
clair qu'elle est aujourd'hui remplie. La libéralisation progresse en
effet à un rythme soutenu, tant au niveau multilatéral que régional.
Grâce au cycle d'Uruguay et à la création de l'OMC, une
réduction constante et substantielle des droits de douane a été
mise en uvre et le travail qui se poursuit à l'OMC devrait encore
faire progresser la libéralisation des marchés sur de nombreux
fronts. Des accords régionaux tels que l'Accord de libre-échange
nord-américain (ALENA), la Zone de libre-échange de l'Association
des nations de l'Asie du Sud-Est (AFTA), le Forum de coopération économique
Asie-Pacifique (APEC), l'Union européenne (UE) et ses accords d'association
et de nombreux accords commerciaux en Amérique latine, ainsi que la négociation
de la Zone de libre-échange des Amériques (Free Trade Area of
the Americas), contribuent également à la levée des barrières
commerciales. L'esprit de libéralisation est en outre fermement enraciné
; face à la crise financière asiatique, les membres de l'Association
des nations de l'Asie du Sud-Est, loin d'abandonner les programmes de réduction
des droits de douane de l'AFTA, en ont accéléré la mise
en uvre.
D'un autre côté,
les turbulences économiques peuvent avoir pour effet d'éveiller
des sentiments protectionnistes autodestructeurs, susceptibles de conduire à
un cercle vicieux capable de déclencher des guerres commerciales et une
crise économique mondiale. Les douanes sont souvent un outil de prédilection
des protectionnistes. Les États doivent veiller à ne pas employer
leur administration douanière comme un obstacle au commerce.
IED et climat économique
Traditionnellement, l'IED a toujours été principalement motivé
par la nécessité d'investir de l'autre côté de barrières
tarifaires. Lorsqu'un pays s'entoure d'obstacles au commerce difficiles à
franchir, il crée des incitations à investir, pour avoir accès
aux consommateurs locaux, qui ne dépendent ni de l'efficacité
de la main-d'uvre, ni de la disponibilité de fournisseurs de matières
internationalement compétitifs, ni de l'accès à d'autres
marchés, ni de l'existence d'un système efficace de droit commercial.
Il n'existe pas non plus de perspectives d'économies d'échelle,
car il est souvent nécessaire de construire de petites unités
inefficaces dans chacun des marchés qui pourraient être desservis,
dans d'autres circonstances, par une seule usine efficace en termes d'échelle.
Les marchés protégés par des obstacles au commerce tombent
souvent au-dessous du niveau des normes mondiales, parce que les produits et
les services qu'ils fournissent ne sont pas confrontés à la concurrence
internationale.
Lorsqu'il n'y a plus d'obstacles
tarifaires et non tarifaires au commerce, les décisions d'investissement
prennent davantage en considération la capacité du marché
à offrir un environnement propice à l'établissement et
au maintien d'une activité industrielle de niveau international, destinée
à desservir le marché régional et souvent même le
marché mondial. La disponibilité de la main-d'uvre, la stabilité
du système économique et l'efficacité du système
juridique jouent alors un rôle accru dans les décisions d'investissement.
Il en va de même de la logistique - autrement dit de la capacité
à assurer, de manière fiable et à un coût modéré,
un flux de matières premières et de composants vers l'unité
de production et à maintenir un système de distribution efficace
des produits finis sortant de cette unité.
La modernisation des
douanes en tant qu'avantage concurrentiel national
La logistique - le mouvement efficace des marchandises à destination
et en provenance de l'unité de production - revêt une importance
critique. Toute usine de niveau international doit pouvoir avoir accès
à des sources de matières premières et de composants de
niveau international. De nombreux approvisionnements seront certes disponibles
localement en quantité et en qualité suffisantes pour soutenir
une telle activité, mais aucun marché développé
ou émergent ne peut fournir seul tous les facteurs de niveau international
nécessaires à une fabrication complexe de produits manufacturés.
Grâce à l'accroissement rapide de la vitesse des échanges
d'information, les entreprises mondiales créent des systèmes de
gestion sophistiqués de la chaîne d'approvisionnement internationale,
afin de transporter les marchandises rapidement et économiquement dans
le monde entier. Les pays qui interrompent ou ralentissent ces chaînes
d'approvisionnement resteront en dehors du processus.
L'accès aux matières
premières et aux composants importés est donc
un critère
important pour la localisation d'une activité industrielle. Et l'administration
douanière joue un rôle essentiel dans cet accès, de plusieurs
points de vue :
- Délai
de dédouanement - Pour soutenir une activité de production
de niveau international, les délais de dédouanement doivent
se mesurer non pas en semaines, ni même en jours, mais en heures. Toute
administration douanière qui peut assurer un dédouanement fiable
en temps voulu ou une libération immédiate de la marchandise
grâce à un prédédouanement, constitue un avantage
concurrentiel énorme quand il s'agit d'attirer des activités
industrielles
- Prévisibilité
- Un retard de livraison d'une matière clé peut interrompre
toute la chaîne de fabrication, à un coût énorme.
L'imprévisibilité des livraisons en raison de l'inefficacité
de l'administration douanière peut exiger le maintien d'un "stock
tampon" excessif, et donc des frais de stockage inacceptables. Des délais
de dédouanements arbitraires ou imprévisibles sont incompatibles
avec une activité industrielle efficace.
- Transparence
- Les modifications arbitraires ou inexpliquées de la classification
ou de la valeur en douane des marchandises peuvent perturber les flux logistiques
et les plans de marketing et compromettre gravement l'efficacité de
l'activité.
L'importance de l'administration
douanière dans les décisions en matière d'IED n'est pas
qu'hypothétique. Des études de cas de décisions réelles
figurent ci-joint afin d'illustrer l'importance des douanes dans le choix de
l'implantation d'activités industrielles.
Récolter
les bénéfices
Les pays qui reconnaîtront les premiers l'avantage concurrentiel que représente
la modernisation des douanes se tailleront la part du lion dans les bénéfices
à en récolter. On peut citer, dans le monde développé,
plusieurs exemples de petits pays qui ont tiré avantage de facteurs tels
qu'une situation géographique favorable, des transports modernes, une
culture commerciale et des industries de services pour accéder au rang
des plus grands pays marchands. Ces succès n'auraient pas été
possibles sans des services douaniers modernes. On trouve aussi dans le monde
en développement quelques exemples similaires plus récents. L'expérience
montre déjà, dans ces pays, que la modernisation des douanes et
la facilitation du commerce sont compatibles avec le bon recouvrement des taxes.
Il est à noter que les recettes des droits de douane ont augmenté
avec les efforts de modernisation, car des volumes accrus d'échanges
sont alors traités de manière plus efficace.
Conclusion
Pour les gouvernements, la modernisation des administrations douanières,
aussi bien dans leur pays que chez leurs partenaires commerciaux, e
st un enjeu
de taille. À mesure que le monde évoluera vers une libéralisation
accrue du commerce, tolérer une administration douanière inefficace
coûtera de plus en plus cher. La Chambre de commerce internationale invite
les gouvernements et en particulier les ministres du commerce et des finances,
à se faire les ardents défenseurs d'une réforme nationale
des douanes, ainsi que les promoteurs exigeants de règles régionales
et mondiales assurant un progrès multilatéral vers des normes
uniformément élevées en matière d'administration
douanière.
Document n° 103-32/77
22 novembre 1999
Note : Trois études
de cas sont jointes afin d'illustrer l'importance de la modernisation des douanes
pour le commerce et l'investissement.
Etude
de cas A
Investissement potentiel
Jusqu'à 1 milliard de dollars US pour une unité de production
à capital-risque.
Pays considérés
Pays asiatiques, dont ASEAN, Inde, Japon, Australie, Taiwan, Corée, Chine.
Critères de choix
| Coût
d'investissement |
Climat
entourant l'investissement |
| Coût
d'exploitation |
Accès
au marché |
| Accès
aux matières premières |
Restrictions
à la participation au capital |
| Cadre juridique |
Incitations |
| Adéquation
du site |
Risque
politique |
| Logistique
|
Risque
économique |
| Ressources
humaines |
|
Rôle de l'administration
douanière
L'administration douanière jouait un rôle significatif dans plusieurs
des critères retenus par l'entreprise A pour le choix de la localisation
de son investissement :
Accès aux matières
premières :
Les effets des droits de douane sur l'importation de matières premières
non disponibles dans le pays étaient &
agrave; peu près équivalents
dans la plupart des pays considérés, mais uniquement à
condition que la ristourne des droits de douane sur toutes les exportations
de produits finis soit totale. En cas de mauvais fonctionnement du programme
de ristourne des droits, l'entreprise courait le risque de payer des droits
se montant à 20 millions de dollars par an. Elle a donc soigneusement
évalué les probabilités de voir le programme de ristourne
des droits partiellement ou totalement compromis par l'inefficacité des
douanes ou par la corruption.
Logistique
: La facilité et la fiabilité du dédouanement ont été
largement prises en considération dans l'évaluation des coûts
logistiques des sites en concurrence.
Coût d'exploitation
: Le coût
du dédouanement est directement lié à l'efficacité
de l'administration douanière.
Cadre juridique
: La transparence de l'administration douanière a été prise
en compte parmi les éléments d'évaluation du cadre juridique
des pays concernés.
Etude
de cas B
Investissement potentiel
Jusqu'à 200 millions de dollars US pour un centre de distribution.
Création d'environ 3000 emplois directs et indirects.
Pays considérés
Tous les pays européens et en particulier l'Europe centrale.
Critères de choix
| Procédures
douanières |
Risque
économique |
| Coût
d'investissement |
Ressources
humaines |
| Cadre juridique |
Adéquation
du site |
| Logistique |
Incitations |
| Accès
au marché |
Restrictions
à la participation au capital |
| Risque
politique |
Relations
constructives avec les pouvoirs publics/douanes |
| Coût
d'exploitation |
|
Rôle de l'administration
douani&eg
rave;re
L'administration douanière était une composante importante de
l'analyse, car elle jouait sur plusieurs des critères de choix et influait
directement sur la viabilité du site choisi. Un dédouanement fiable
et efficace en termes de coût était essentiel pour la réussite
de l'implantation. La valeur du centre de distribution se serait trouvée
fortement diminuée s'il s'était avéré impossible
de transporter les produits rapidement à destination et en provenance
du centre, de manière hautement prévisible et sur la base d'exigences
raisonnablement claires et simples.
Procédures douanières
: les documents douaniers (y compris les exigences en matière de comptabilité)
et la sophistication des systèmes automatisés ont été
attentivement étudiés. Les procédures devaient être
sans détours et administrativement aussi simples que possible. L'utilisation
de techniques d'évaluation et de gestion du risque étaient essentielles
pour maximiser l'efficacité du processus d'importation, réduire
le fardeau administratif et assurer le respect de toutes les exigences réglementaires
applicables.
Relations avec les pouvoirs
publics/douanes
: La volonté des pouvoirs publics de s'engager dans un programme de modernisation
de l'infrastructure de dédouanement existante était un critère
important. Améliorer les procédures ou instaurer de nouvelles
méthodes de dédouanement pour d'importants volumes d'importations
tout en veillant aux sauvegardes nécessaires exige des relations constructives.
Quelle que soit l'efficacité dont se targue une administration, elle
doit être prête à adopter une approche positive envers une
amélioration constante, afin de rester compétitive sur le marché
mondial.
Etude
de cas C
Investissement potentiel
Un port flambant neuf sur un site industriel en rapide expansion dans un pays
en développement.
Contexte
Le port existant, moderne et bien équipé pour la manutention des
marchandises, était utilisé au maximum de sa capacité et
constituait un goulet d'étranglement pour les importations et les exportations.
La construction d'un second port a été envisagée, à
un coût considérable. Un bureau de consultants a été
chargé de produire des recommandations sur les systèmes informatiques
et les procédures portuaires de la nouvelle infrastructure. Dans le cadre
de ce processus d'évaluation et d'élaboration de recommandations,
une étude a été menée sur les procédures
et les systèmes informatiques de l'ancien port.
Analyse
L'analyse des procédures de l'ancien port a mis à jour des délais
excessifs dans le transit des marchandises dans le port et montré que
l'essentiel de ces retards n'était pas dû à des problèmes
de manutention mais à des problèmes de procédure et de
documentation.
Il a été constaté
qu'il fallait jusqu'à 20 jours aux importations conteneurisées
pour franchir toutes les étapes des procédures portuaires. Les
retards se répartissaient comme suit :
- documents arrivant en
retard 50%
- dédouanement 25%
- autres facteurs avant
et après le dédouanement 25%
Cela signifiait que la marchandise
restait 10 jours en moyenne dans le port avant que le dédouanement puisse
commencer.
Dans l'Union européenne,
le dédouanement prend en général environ 4 heures, tandis
que dans ce port d'un pays en voie de développement, il prenait jusqu'à
3 jours.
L'engorgement du port était
à l'évidence dû à un traitement inadéquat
de l'information et à des procédures portuaires inefficaces, avec
pour résultat des coûts élevés et un manque de fiabilité
et de transparence. Le coût imposé aux importations pénalisait
les consommateurs en termes de prix et l'imprévisibilité des exportations
créait un désavantage concurrentiel indu.
Conclusions
L'encombrement du port était imputable à des procédures
inadéquates de traitement et de contrôle du mouvement des marchandises
et à une inadaptation à des pratiques commerciales modernes.
L'énorme dépense
de la construction d'un nouveau port était inutile.
|